nurse puéricultrice de nuit, professionnelle expérimentée en garde nuit de jumeaux, Justine
                       nurse puéricultrice de nuit, professionnelle expérimentée                                                            en garde nuit de jumeaux, Justine 

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Je remercie Géraldine et Marianne de " Parole de Maman", Clotilde de "Figaro prémium" pour ces publications.

 

Nounous de nuit : de plus en plus de parents séduits

Ces gardes de nuit, encore essentiellement cantonnées aux milieux urbains, Paris et d'autres métropoles françaises, pourraient gagner du terrain dans les prochaines années.

Épuisées, certaines familles font ce choix pour pouvoir se reposer. Une tendance qui susicte les réserves de pédiatres.

«Certains parents nous envoient des mails à trois heures du matin, au bord de la crise de nerfs. Nous sommes leur dernier recours», lance Delphine Cochet, créatrice de Ma Bonne Fée. Depuis 2017, avec son associé, elle a permis à plusieurs centaines de familles de passer des nuits plus sereines. Leur créneau? Les nounous de nuit. Ces «bonnes fées» interviennent au domicile de la famille, du soir jusqu'au petit matin, pour soulager des parents épuisés face aux pleurs de leur nourrisson qui, lui, n'a pas sommeil.

Ma Bonne Fée mais aussi Bonne Nuit Maman ou encore Nounou décalée sont autant d'agences spécialisées qui mettent en relation des parents et des professionnels de la nurserie pour des gardes de nuit. Sur leurs sites aux couleurs acidulées, elles proposent des prestations facturées entre 18 et 26 euros de l'heure.

«Sans elle, je serai devenue folle.»

Céline

Dès l'accouchement, des professionnels diplômés de la petite enfance, des assistantes maternelles, auxiliaires de puériculture ou sages-femmes peuvent apporter leur aide dans la période épuisante des premières nuits. Les parents signent avec leur nounou un contrat à durée déterminée, de deux à quatre mois en fonction des besoins de la famille, à raison d'une ou deux fois par semaine, si le bébé est seul ou s'il s'agit de jumeaux.

Sur chacun de ces sites, les commentaires de parents conquis pleuvent. D'après Céline, jeune maman de Maxime, les conseils et la présence de Caroline, sage-femme de nuit, étaient indispensables. «Le retour à la maison a été une véritable épreuve. Outre son aide pour gérer les nuits du nouveau-né, elle m'a surtout guidée pour comprendre tout ce qui se mettait progressivement en place dans notre nouvelle vie à trois», explique-t-elle. Avant d'ajouter: «Sans elle, je serai devenue folle.»

Schéma familial modifié

Comme Caroline, Justine Jules passe la plupart de ses nuits au chevet de nouveau-nés depuis une dizaine d'années. «J'arrive à 20 heures, je rencontre les parents qui me transmettent les informations de la journée puis je prends le relais jusqu'à 6 heures du matin. Je m'occupe d'endormir le nourrisson, de calmer ses pleurs et de lui donner son biberon. Les parents peuvent, quant à eux, sortir, vaquer à leurs activités. Mais la plupart du temps, c'est de repos dont ils ont le plus besoin», précise-t-elle. Sa clientèle est composée essentiellement de cadres, mais aussi beaucoup d'indépendants et de professions à horaires décalés. «Nous sommes face à une demande croissante, surtout depuis la réforme du Code du travail qui facilite notamment le travail le dimanche», reconnaît Angela Jotic, créatrice du site Nounou décalée.

Dans toutes ces familles, les évolutions sociétales, professionnelles et géographiques ont modifié les schémas familiaux. «On vit de plus en plus loin des grands-parents, susceptibles d'apporter une aide pour la garde des enfants. Les femmes obtiennent aussi davantage de postes à responsabilité et reviennent plus tôt au travail après leur accouchement, quitte à reprendre leurs dossiers pendant leur congé maternité. Elles doivent être sur tous les fronts», indique également Delphine Cochet, codirectrice de Ma Bonne Fée.

L'exemple des pays nordiques

Ces gardes de nuit, encore essentiellement cantonnées aux milieux urbains, Paris et d'autres métropoles françaises, pourraient gagner du terrain dans les prochaines années. En effet, la CAF de Rennes s'est récemment rapprochée de la plateforme Ma Bonne Fée, afin de proposer aux jeunes parents de nouvelles aides. Ces méthodes fortement développées dans les pays nordiques, pourraient devenir la norme en France où les coupes budgétaires se multiplient en milieux hospitaliers. «Il devient plus avantageux de laisser les mères quitter plus tôt la maternité et de les accompagner par la suite à leur domicile», rapporte Delphine Cochet.

N'en déplaise à certains pédiatres qui militent pour que les parents gèrent seuls les nuits de leurs enfants. Brigitte Virey, membre du Syndicat national des pédiatres français, souligne le côté «déshumanisant» de la nurserie de nuit. Elle craint d'ailleurs à terme une perte de repères pour l'enfant. «S'il pleure, c'est qu'il y a une demande. Or, quand les parents délèguent leur responsabilité, ils nient la signification des pleurs de l'enfant. Cela peut être considéré comme un abandon si c'est répété. Cette démarche doit rester ponctuelle.»

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 31/08/2018